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Il existe une longue histoire d'amour entre le public québécois et ce cousin louisianais, porteur à la fois d’une langue quelque peu exotique et des bons temps rythmiques qui traduisent le profond enracinement de l'identité francophone en terre d'Amérique. Cette complicité remonte au milieu des années soixante-dix et se confirme à chaque séjour de Zachary sous nos latitudes.
Né dans le village de Scott, près de Lafayette, Zachary Richard a grandi entre deux cultures, trois langues et de multiples influences musicales. S'exprimant autant en créole qu'en anglais et en français, il prend vite conscience de la menace qui pèse sur sa culture natale, suite à ses premiers voyages à travers la francophonie au début de l'âge adulte. C'est cependant la musicalité de ses chansons et la poésie naturelle de ses paroles empreintes de grande sagesse, parfois teintées d'impatience, que remarquent avant tout ses interlocuteurs.
Membre de la chorale de Lafayette, à l'âge de six ans, il devient adepte de rock’n roll à son adolescence, comme la plupart des jeunes occidentaux. C'est alors qu'il découvre la force des mots, au contact des poètes de la beat generation, à la fin des années soixante. D'une grande curiosité et doté d'une facilité innée pour la musique, il s'imprègne des divers courants musicaux qui circulent si intensément dans le sud de la Louisiane: le R&B, le blues, les rythmes antillais viennent s'ajouter à la culture cajun et au folk-rock de ses jeunes années. Tout en poursuivant des études à New York, il continue de s'intéresser à la musique et enregistre quelques chansons en vue d'un disque qui ne paraîtra qu'en 2002 sous le titre "High Time".
En 1974, un concours de circonstances l'amène au Québec à l'occasion du Carnaval d'hiver de la ville de Québec. On peut aussi le voir et l'entendre, lors de cette première visite, à l'émission de télévision Le Ranch à Willie qu'anime le chanteur Willie Lamothe. Suite à ce premier contact, les liens se tissent entre le musicien chanteur et ses cousins du nord et il revient s'installer au Canada pour quelques mois, à l'été 1975. C'est le début d'une aventure intense qui durera près de cinq ans et qui est loin d'être terminée, vingt ans plus tard.
Lors d'un passage à Cap-Pelé, au Nouveau-Brunswick, il prend conscience des liens qui l'unissent à la vie acadienne et devient un ardent défenseur de la culture de ses origines. Pendant son séjour en Acadie, il fait la connaissance de Johnny Comeau avec qui il se rend en France participer à un festival de musiques folk. Là-bas, il découvre de jeunes musiciens français adeptes de tradition louisianaise.
À son retour en Amérique, il prolonge ses séjours au Québec et participe notamment aux Veillées d'automne du troisième Festival de musique traditionnelle, regroupant essentiellement des musiciens du Québec (Louis Boudreault, Yves Verret, Jean Carignan, Ruine-Babines, Le Rêve du Diable), d'Acadie (Gilles Losier, Johnny Comeau, les soeurs Myers), de Bretagne (Les frères Conan, Gweltaz Ar Fur et Mikaël Moazan) et de Louisiane (Marc Savoy). Lui-même se produit avec son groupe de musiciens rebaptisé Bayou des Mystères, auquel se joint aussi son ami Comeau. Il ébranle particulièrement l'auditoire avec son interprétation a cappella de "La maudite guerre", une complainte qui décrit les turpitudes du grand dérangement des Acadiens, que l'on pourra revoir quelques années plus tard dans le film La Veillée des veillées, relatant les meilleurs moments du festival.
Son séjour correspond à un regain d'intérêt chez les jeunes Québécois pour les musiques du terroir. De ce fait, les accents musicaux et linguistiques de ce cousin retrouvé suscitent à la fois sympathie et curiosité. La parution d'un premier album à l'automne 1976, où la tradition ("J'ai été au bal", "Le stomp de Bosco" déjà connu au Québec par la version de Robert Charlebois) s'allie aux rythmes du blues "Grand gris gris" et du rock'n roll "Chanquis Chanque", en fait une des révélations de l'année. L'hiver suivant, il effectue une tournée de spectacles sous la thématique du Mardi gras cajun. Ce choix de chansons constitue aussi le filigrane de son second album intitulé simplement "Mardi Gras". On y retrouve davantage de pièces traditionnelles comme "La chanson des Mardi gras" ou "Travailler c'est trop dur" mais aussi un succès de D.L. Ménard datant des années soixante "La porte en arrière" et plusieurs compositions de Zachary.
Tout en gardant un pied-à-terre dans ses chers bayous, ce militant culturel nouveau genre en vient à s'établir au Québec où il est de tous les événements. Il participe notamment, en compagnie de Diane Dufresne, Édith Butler et Yvon Deschamps, à une grande fête intitulée Salut, Québec! et destinée à souligner le 370e anniversaire de fondation de cette ville. Une autre chanson, d'abord parue sur le double microsillon de "La Veillée des veillées", est gravée sur 45 tours et devient un des plus grands succès des palmarès en 1978. "L'arbre est dans ses feuilles" offre une parenté évidente avec des airs de la vieille France (Le diable est dans Paris) et s'inscrit pleinement dans la redécouverte du répertoire séculaire que défendent des groupes comme Le Rêve du Diable ou La Bottine Souriante, qui en sont eux aussi à leurs premiers vinyles. Cependant l'album "Migration", enregistré à Montréal et sur lequel la chanson est reprise, est d'une orientation musicale bien différente. Les autres chansons, toutes des oeuvres inédites, sont d'une facture beaucoup plus introspective et mettent en évidence l'auteur compositeur avant tout.
Sa renommée atteint aussi la France où il se rend à l'automne et donne son spectacle à l'Olympia de Paris. Au même moment, Julien Clerc reprend la chanson "Travailler c'est trop dur" et en fait un énorme succès, éclipsant même la version de Zachary sur le territoire de l'Hexagone. Ce qui n'empêche pas celui-ci de remporter le Grand Prix international de la jeune chanson en 1979.
À nouveau, il regagne ses terres et sa maison louisianaise. Un nouvel album, enregistré au studio de Bogalusa comme ses deux premiers 33 tours, reprend plusieurs chansons du répertoire cajun mais leur accole des couleurs plus caraïbes que jamais. "Allons danser" est aux antipodes de "Migration"; les "Mama Rosin", "Handa Wanda" et "Flammes d'enfer" peuvent aisément animer l'atmosphère torride des discothèques et ce sous toutes les latitudes. Cette incursion tropicale ne connaît pourtant pas l'accueil réservé aux albums précédents et la première carrière québécoise du chanteur accordéoniste se termine sur disque par une rétrospective montréalaise enregistrée "Live" en septembre 1980. L'album double demeure un des meilleurs enregistrements québécois en public pour l'ambiance qu'il dégage.
Après une nouvelle tournée au Québec patronnée par la revue Québec Rock, en compagnie des groupes Offenbach et Garolou à l'été 1981, le musicien se tourne temporairement vers la France. Il y séjourne sur de longues périodes, participe à plusieurs festivals et enregistre un nouvel album "Zack-attack" en 1984. Dès l'année suivante, il revient chez lui et amorce une carrière américaine où le rock et le pop se mêlent aux racines cajuns et zarico (zydeco pour les mélomanes américains). L'album "Snake Bite Love", paru en 1992, y reçoit un accueil particulièrement remarqué.
En 1993, lors d'un passage au Nouveau-Brunswick, il fait la connaissance de Denis Richard. Celui-ci, auteur compositeur interprète et ex-membre du groupe Expresso S.V.P. ne tarde pas à sympathiser avec ce lointain cousin et voilà que naît une série de chansons dont plusieurs se retrouveront sur un nouvel album francophone "Cap enragé" qui est lancé en 1996, sur l'étiquette québécoise Audiogram. À deux décennies d'intervalle, ce premier CD de nouvelles chansons francophones marque les retrouvailles avec un public qui ne l'a pas oublié et une nouvelle génération qui découvre à la fois l'auteur et le musicien. Bien que moins flamboyant qu'à ses débuts, le Zack des années 1990 rejoint les cousins québécois à un autre niveau, cette fois davantage comme auteur compositeur que pour ses prouesses scéniques et l'exotisme de ses paysages sonores. Les chansons "Au bord de Lac Bijou", "Petit Codiac", "La ballade de Jean Batailleur" et "Cap Enragé" connaissent la faveur du public et retiennent l’attention des diffuseurs, si bien que l’album est consacré double platine (200 000 copies vendues) au fil des ans.
Son prochain album "Coeur fidèle", paru en 2000, s'inscrit dans la suite de "Cap enragé" avec "Pagayez", "Coeur fidèle" (qu'il avait déjà confiée à Luce Dufault), et "Un autre baiser". Zachary contribue aussi aux répertoires de plusieurs collègues de la scène musicale et participe à plusieurs albums dont ceux de Florent Vollant, de Wilfred Le Bouthillier et au projet "L'Acadie en chanson" où il interprète une pièce de Calixte Duguay.
2007 marque le retour de Zachary sur disque, cette fois chez Musicor, avec "Lumière dans le noir". L'auteur-compositeur-interprète y affiche des propos plus engagés que jamais, qu'ils livre toutefois de façon toujours aussi poétique. S'il aborde des sujets aussi graves que la tragédie du Rwanda ("Ô, Jésus" dont les droits sont versés à Mobilisation Les enfants du monde), les bombardements de Beyrouth "Le souvenir", la précarité de certaines espèces animales "La ballade de DL-8-153", d'autres chansons réfèrent à des préoccupations culturelles, inspirées d'oeuvres de Louis Hémon ou Élise Turcotte.
Ce sont toutefois les catastrophes qui ont frappé sa chère Louisiane qui trouvent le plus vif écho sur "Lumière dans le noir", qu'il s'agisse de l'ouragan de 1856 qui a ravagé "L'île Dernière" ou de Katrina. Les séquelles sociales et politiques de cette tornade ont d'ailleurs inspiré "La promesse cassée", pièce dont les redevances sont remises à la Fondation S.O.S. Musiciens. À cette occasion, Zachary a travaillé en collaboration avec Francis Cabrel, à son studio d'Astaffort, et a bénéficié d'une participation exceptionnelle du trompettiste Wynton Marsalis. L'album compte d'ailleurs plusieurs autres collaborations dont celles d'Ani DiFranco, de Lina Boudreau et d'Isabelle Boulay. De belles rencontres fort agréables tant personnellement que professionnellement.
Zachary Richard a publié plusieurs recueils de poésie dont Voyage de nuit en 1987, Faire récolte en 1997, qui lui vaut le Prix Littéraire Champlain au Salon du Livre de Québec, et le plus récent Feu, paru chez les Intouchables à Montréal en 2001. Il a participé, comme comédien, au tournage de la télésérie Juliette Pomerleau, adaptée du roman de Yves Beauchemin, en 1998. De retour en Louisiane, il tournait un documentaire sur l’histoire du peuple cadien, intitulé Contre vents et marées / Against The Tide qui lui vaudra le Prix Historia en 2000. Avec sa fille Sarah, dessinatrice, il a publié les aventures de Télésphore et Tit Edvard, récit qu'il avait d'abord destiné à celle-ci lorsqu'elle était enfant.
On peut visiter le site officiel de Zachary Richard.
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