Parcours

Notes biographiques
Aussi connus sous Offenbach Pop Opera, Offenbach Soap Opera  
Membres de la formation Martin Deschamps, Johnny Gravel, Breen LeBoeuf, John McGale, Bernard Quessy, Bob Saint-Laurent
Carrière professionnelle 1970-1985, 1997-1998, 2005   

Le temps passe, certaines références restent. Pour tout amateur de rock au Québec, s'il y a un nom à retenir, c'est bien celui d'Offenbach. Puisant ses racines dans le rock britannique, le soul et le blues électrifié des années soixante, alors que le groupe portait le nom des Gants Blancs, celui-ci allait découvrir sa véritable vocation à la fin de la décennie, dans le sillage de groupes comme Deep Purple, The Cream ou Led Zeppelin, première manière. Hésitant entre divers noms comme Gram’Pa & Cie, la Septième Invention (le temps d’une tournée avec Bruce Huard, ancien chanteur des Sultans) et Bucket of Blues, les quatre musiciens cherchent alors avant tout à se démarquer de l’image désuète qui collait à leur ancienne dénomination.

La légende veut que ce soit sur la route de Kamouraska, un beau matin du printemps 1970, que se soit imposée l’idée de s’appeler L’Opéra Pop d’Offenbach. Les frères Denis et Gérald Boulet, Michel Lamothe le fils du célèbre Willie Lamothe et le guitariste Jean Gravel, anciennement des Héritiers, jouent alors un répertoire de rock et de blues encore considéré comme underground par la majeure partie du public. Les premières compositions qui prennent place à leur répertoire sont naturellement en anglais, la langue maternelle du rock et leur nom ne tarde pas à se muer en celui d’Offenbach Pop Opera.

La rencontre du poète et cinéaste Pierre Harel, quelque part en 1971, amène le groupe à développer ce nouveau langage du rock francophone, amorcé quelques années auparavant par certains groupes yé-yé et des chansonniers électriques comme Jacques Michel, les Alexandrins, Robert Charlebois, Claude Dubois, etc. Une de leurs premières compositions "Câline de blues", d’abord écrite "Callin’ The Blues" sera d’ailleurs utilisée comme trame sonore du film Bulldozer sur lequel Harel s’affaire à ce moment-là. Mais les délais de production du film s’allongent et la pièce est d’abord gravée sur le premier microsillon du groupe intitulé "Offenbach Soap Opera", qui paraît l’été suivant. La pochette aux couleurs fluorescentes donne elle-même dans le pop art, pouvant être transformée en modèle de boîte de savon au nom du groupe, ce qui fait de l’emballage original une véritable rareté aujourd’hui très recherchée par les collectionneurs.

À ce moment, très peu de groupes ont la chance de graver un album et ceux qui y arrivent en sont la plupart du temps quitte pour une notoriété bien relative, les stations de radio étant vouées à la diffusion de chanson plus commerciale (sur les ondes AM) ou de musique semi-classique, pour les rares antennes émettant en modulation de fréquences. Seules les radios étudiantes et quelques boutiques spécialisées font tourner les premiers efforts des Dionysos, Expedition ou Offenbach. C’est d’ailleurs dans le circuit des auditoriums de Cegeps, les quelques festivals pop locaux et certains hôtels de province que le groupe trouve à se produire. La vie sur la route n’est pas de tout repos et Denis, le batteur du groupe, annonce bientôt son intention de céder sa place. C’est Roger Belval dit Wézo, ancien collègue de Gravel au temps des Héritiers, qui assure la relève. Au beau milieu d’une de ces expéditions de survie à La Sarre, Abitibi, Pierre Harel a un flash: il faut que le groupe se produise dans un lieu hors du commun, afin de ne laisser personne indifférent. Avec l’aide de René Malo qui agit alors comme booker pour plusieurs vedettes du moment, il amorce des démarches. Le prêtre capucin Yvon Hubert fait preuve d’une grande ouverture et adhère au projet. Le 30 novembre, veille de la Toussaint, le groupe se produit à l’Oratoire Saint-Joseph; il y participe à une Messe des Morts où les sonorités du groupe se mêlent aux chants liturgiques en grégorien. L’événement est enregistré sur seize pistes, la technologie la plus avancée de l’époque, et donne lieu à un deuxième album "Saint-Chrone de Néant".

Hormis l’accueil de la critique et du milieu musical (loin d’être unanimes), l’entreprise n’a que peu d’impact et le groupe se retrouve encore une fois dans la marge de la marge. C’est que le Québec de la nouvelle génération entre de plain pied, avec quelques années de décalage, dans l’ère post-hippie du retour à la campagne. Les guitares acoustiques, les flûtes et les tambourins ont bien peu en commun avec le rock lourd et bluesé d’Offenbach. Quand l’occasion se présente, en la personne d’un cinéaste français qui les invite en ses terres, les cinq rockers ne se font pas prier et s’envolent vers de nouvelles aventures. Après quelques mois d’indolence à Garches, en banlieue de Paris, leur séjour à Malesherbes est filmé dans le détail par Claude Faraldo qui projette d’en faire un document révolutionnaire. Tourné dans un format peu accessible, le 70mm pentaphonique, il ne sera distribué au Québec qu’une vingtaine d’années plus tard, grâce à la technologie vidéo. En cours de route, Pierre Harel rebrousse chemin et c’est en quatuor que le groupe amorce sa nouvelle carrière québécoise à l’été 1975, quelques mois avant la parution d’un double album live autoproduit, "Tabarnac", seul témoignage tangible de leur aventure européenne. Cet album marque le tournant d’une véritable carrière populaire pour Offenbach. On y retrouve deux classiques instantanés: "Québec Rock" et "Ma patrie est à terre" en plus d’un "Dimanche blues" des plus hédonistes, de la surprenante "Promenade sur Mars" et d’une relecture bien sentie de "L’hymne à l’amour" qui ne sera appréciée à sa juste valeur que beaucoup plus tard.

Si la formation occupe toujours une niche à part dans le paysage musical, elle y trouve cependant un accueil plus chaleureux, la notion de groupe musical ayant regagné ses galons dans l’intervalle, suite au succès des Beau Dommage, Harmonium et quelques autres. Plus spécialement, une nouvelle scène rock semble vouloir s'implanter autour de personnages comme Plume Latraverse et Lucien Francoeur, dont le groupe Aut'Chose partage l’affiche avec Offenbach à plusieurs reprises. Motivés par ce nouveau regain, les gars tentent une percée du côté canadien avec un album anglophone qui s’avère un coup d’épée dans l’eau. Quelques mois plus tard, le nouveau microsillon destiné au marché domestique, intitulé simplement "Offenbach", est par contre une véritable réussite. Sous l’influence combinée de Lucien Francoeur et des conversations avec son ancien confrère Harel, dont on retrouve la signature sur trois pièces (incluant une rare version, bien juteuse, d’un succès de Chuck Berry "I’m A Rocker/Chu un rocker"), Gerry Boulet fait appel à des auteurs comme André Saint-Denis et Gilbert Langevin qui contribuent respectivement d’un "Dominus Vobiscum" et de "La voix que j’ai" qu’on jurerait parfaitement autobiographique.

L’année 1977, si elle marque la poursuite d’un certain succès, est aussi le moment d’une crise existentielle au sein du groupe. Deux musiciens font sécession et partent rejoindre Pierre Harel au sein d’un nouveau groupe: Corbeau. Willy et Wézo sont alors remplacés temporairement par Norman Kerr et Pierre Lavoie tandis qu’un cinquième musicien s’ajoute en la personne de Jean Millaire, ex-guitariste d’Expedition. Le séjour de ce dernier est de courte durée et après quelques mois d’ajustements, c’est John McGale qui devient le nouvel acolyte de Gerry et Johnny. Entre temps, le bassiste Breen LeBoeuf a succédé à Norman Kerr et il faut reprendre la route, conscient de devoir refaire ses preuves devant un public habitué à l'ancien équipage. Les musiciens sont rapidement adoptés par les fans et le nouvel Offenbach s'impose bientôt sur disque avec l'album "Traversion" pour lequel on s’est adjoint les services du parolier Pierre Huet, également collaborateur du groupe Beau Dommage. Celui-ci écrit huit des dix textes de "Traversion" dont le touchant "Je chante comme un coyote" et les plus guillerets "Deux autres bières" et "Bye bye". Il est également l’auteur de l’immense succès "Mes blues passent pu dans’porte" qui révèle aux nouveaux fans la voix de Breen LeBoeuf. Les deux autres textes sont empruntés à Raymond Lévesque "Quand les hommes vivront d’amour" et, encore une fois, à André Saint-Denis qui contribue d’un puissant "Ayoye".

Parallèlement à ses performances dans le domaine maintenant reconnu du rock québécois, Offenbach et tout particulièrement Gerry Boulet tentent une nouvelle expérience. En un temps où il est de plus en plus question de jazz-rock, le groupe monte un nouveau spectacle où on retrouvera véritablement Offenbach en fusion avec le Big Band du jazzman Vic Vogel. Le spectacle a lieu au Théâtre Saint-Denis les 30 et 31 mars 1979 et l’expérience est concluante. Offenbach est à nouveau sur ses rails, avec un nouveau batteur Bob Harrison, et son chemin le ramène en France où le groupe partage la scène avec Jacques Higelin puis, quelques mois plus tard, avec Bernard Lavilliers. À l’automne, l’album "Traversion" est couronné Album rock de l’année lors du premier gala annuel de l’Adisq. Pendant ce temps, les enregistrement du spectacle En fusion sont passés au peigne fin et donnent finalement le jour à un nouvel album en février 1980, coproduit par Spectra Scène et... Offenbach. Un risque qui sera récompensé au centuple car "Offenbach en fusion" fait l’unanimité et l’album devient leur premier disque d’or, avec plus de 50 000 exemplaires vendus. Le groupe a le vent dans les voiles et l’équipe Spectra propose à Offenbach rien de moins que le Forum de Montréal. L’événement a lieu le 3 avril, avec le légendaire John Mayall en première partie.

Le début des années quatre-vingt apporte aussi son lot de déboires. Une nouvelle tentative de percer le marché anglophone avec "Rock Bottom", au printemps 1980, se solde par un échec. Le 7 août, un spectacle en duo avec un autre personnage légendaire, le rocker Chuck Berry, tourne au vinaigre. Néanmoins, le groupe tient la route et constate la fidélité croissante de son public, à la grandeur du Québec. En 1981 Offenbach, après une nouvelle pointe en Europe, participe à la méga-tournée Québec Rock (présentée par le magazine du même nom, en référence à leur succès de 1975) qui les mène de Moncton à North Bay en compagnie de Zachary Richard et de Garolou. À Québec, Montréal et Sherbrooke, une autre vedette du blues-rock, Joe Cocker s’ajoute à la caravane Québec Rock. Des liens se tissent aussi avec Plume Latraverse qui leur écrit quelques textes comme "Palais des Glaces (sueurs froides)" et "Prends pas tout mon amour" qu’on retrouve sur les albums "Coup de foudre" et "Tonnedebrick". Les deux prennent d'ailleurs la route ensemble pour une tourné mémorable à l'été 1983, intitulée À fond d'train qui se termine par un nouveau passage au Forum de Montréal, le 17 septembre. Le double album "Offenbach/Plume - À fond d'train ''live''" témoigne de cet événement historique.

Le succès de ces fabuleuses tournées estivales ne doit pas faire oublier les conditions difficiles de la vie de musicien-rocker au Québec. De plus en plus, le monde du spectacle se polarise entre les méga-shows et les concerts intimes. Il devient de plus en plus difficile de mener une carrière intermédiaire. En 1984, Gerry Boulet enregistre un album en solo, davantage orienté vers le blues comme l’indique le titre "Presque 40 ans de blues". Puis le groupe reprend le chemin des studios pour ce qui sera son ultime album en carrière: "Rockorama". Cette fois, c'est Michel Rivard qui fournit quelques textes dont l’inoubliable "Seulement qu’une aventure". Consciemment ou non, la carrière du groupe tire à sa fin et il s’embarque pour ce qui sera la plus courte tournée de son histoire. Deux spectacles sont prévus: le Colisée de Québec et, pour une dernière fois, le Forum. La soirée du 1er novembre 1985, à Montréal, est filmée et enregistrée pour la postérité. C’est pour Offenbach le point final de quinze années d’expérience rock dans tous ses états. Un nouvel album double, posthume naturellement, "Le dernier show" gardera pour les nombreux fans le souvenir d’un groupe en pleine possession de ses moyens. Une page de l’histoire du rock québécois venait d’être tournée.

Suite à la dissolution du groupe, ses membres devaient pour la plupart demeurer dans le domaine musical. Gerry Boulet connaîtra une brève mais éclatante carrière soliste. Breen LeBoeuf et John McGale feront partie d’un groupe nommé Buzz Band avant de s'orienter eux aussi vers des projets personnels. Pat Martel continuera une carrière de musicien accompagnateur, entre autres auprès de Carole Ann King. Quant à Jean Johnny Gravel, seul membre fondateur avec Gerry à avoir tenu le coup, il se tournera vers la relève et fera partie du groupe Patriotes avant d’entreprendre une tournée en solo avec IDFX, une autre formation de la Capitale. L'impact musical du groupe survit à la formation, grâce entre autres à diverses compilations sous format compact au cours des années 90, d'abord sous forme de deux coffrets ("1-3-5" et "2-4-6") couvrant leur répertoire dans sa quasi intégralité, puis d'une série de quatre sélections thématiques de leurs "Incontournables".

Sur scène, les fans ont l'occasion de réentendre les membres du groupe à quelques occasions, notamment sous la forme de Corbach et lors d'une reformation d'Offenbach autour du chanteur Martin Deschamps, pour une série de spectacles qui s'étale sur près de deux ans en 1997-1998. Ce dernier connaissant par la suite une carrière soliste bien remplie, ce ne sera que près d'une décennie plus tard qu'on aura l'occasion d'entendre sur disque le fruit de cette collaboration. La parution de l'album "Nature" au printemps 2005, peu après la tenue d'un spectacle d'envergure réunissant Offenbach, Michel Pagliaro et April Wine au Centre Bell de Montréal, un quart de siècle après le premier passage d'Offenbach au Forum, s'avère une agréable surprise. Les musiciens misant sur une esthétique renouvelée, y reprennent une douzaine de pièces avec une instrumentation faisant place aux instruments acoustiques qui permettent de redécouvrir les textes sous un angle personnalisé. De plus, la présence d'un inédit de Martin sur une musique de Jean Gravel ouvre la porte à une nouvelle dimension.

La discographie du groupe se trouve complétée au printemps 2008 avec la parution sur DC de l'intégrale de la Messe de l'Oratoire "Saint-Chrone de Néant - Intégrale du spectacle" et de "Offenbach - Bulldozer", édition remastérisée de la musique du film, avec pièces boni, sur étiquette ProgQuébec.

Offenbach 2005 est constitué de:

  • Martin Deschamps: voix principale
  • Jean Gravel: guitares
  • Breen LeBoeuf: basse, voix
  • John McGale: guitares, percussions, voix, flûte, mandoline, saxophone, banjo
  • Bernard Quessy: piano, B3, Wurlitzer
  • Bob Saint-Laurent: batterie, voix, percussions

À sa dissolution en 1985, le groupe était constitué de:

  • Gérald Boulet: chant, orgue, synthétiseur, saxophone, piano, claviers, guitare (1970-1985)
  • Jean Gravel: guitares (1970-1985)
  • Breen LeBoeuf: basse, chant (1977-1985)
  • John McGale: guitares, synthétiseur, saxophone (1978-1985)
  • Pat Martel: batterie (1982-1985)

Le groupe a aussi compté dans ses rangs:

  • Denis Boulet: batterie (1970-1972)
  • Michel Lamothe: basse, guitare acoustique (1970-1977)
  • Pierre Harel: chant, orgue, synthétiseur, piano (1971-1974)
  • Marcel Beauchamp: guitare (1971)
  • Roger Belleval: batterie (1972-1977)
  • Jean Millaire: guitare (1977)
  • Norman Kerr: basse (1977-1978)
  • Pierre Lavoie: Batterie (1977-1979)
  • Doug Caskill: guitare (1977-1978)
  • Pierre Ringuet: batterie (1979)
  • Bob Harrison: batterie (1979-1981)

On peut visiter le site officiel d'Offenbach.

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